 |
Géopolitique de l’Electricité Note du 28 avril 2026
Il y a un an : la Grande Panne d’électricité espagnole Assumer ses responsabilités
Après réflexion l’Association des Gestionnaires Européens des Réseaux d’Electricité (ENSTOE) a enfin publié un Rapport certes toujours complexe mais plus clair que précédemment sur la Grande Panne espagnole du 28 avril 2025. On comprend que si les énergies renouvelables intermittentes n’avaient pas été aussi abondantes, l’évènement n’aurait pas eu lieu. Emmanuel Macron a été plus direct dans un interview à El Pais en indiquant que le réseau espagnol n’était pas armé pour gérer autant de production d’énergies intermittentes.
Il existe une caractéristique subtile de l’électricité que Marcel Boiteux, l’emblématique patron de l’EDF du siècle dernier, a répété toute sa vie : l’électricité n’est pas un fluide. Il ne suffit pas d’empiler des productions afin de satisfaire les consommateurs. Il est nécessaire, en plus, qu’à chaque instant, la consommation soit égale à la production. Si l’on s’en écarte trop , le réseau s’effondre. Or la production d’une énergie intermittente varie sans cesse et sans préavis. Les écarts ainsi créés doivent être compensés. Le problème est bien connu. La Société Européenne de Physique a écrit en 2015 : « l’intégration de la production intermittente devrait devenir de plus en plus difficile au-delà d’un pourcentage de 30 à 40% de la production totale d’électricité »(1) . Le solaire et l’éolien fournissaient plus de 60% de l’électricité lors de la panne espagnole. On peut rechercher l’origine précise de l’écart qui a provoqué le désastre, comme le fait ENSTOE. L’intérêt est limité. Le système espagnol était dans une zone d’instabilité . Tout autre écart, tôt ou tard, aurait mené au blackout.
Il a existé d’autres cas de Grandes Pannes. Dans l’Etat d’Australie du Sud, quatre coupures généralisées survinrent lors de l’été austral 2015-2016. L’éolien et le solaire produisaient environ 45% de l’électricité. Un Plan a été mis en œuvre pour éviter un retour des pannes : un parc de batteries et une centrale à gaz, pour un coût total équivalent à 350 millions d’euros (valeur 2016) soit environ 400 millions d’euros actuels. Ces mesures n’ont pas totalement réglé le problème, des coupures partielles subsistent. Combien coûterait un Plan permettant à l’Espagne de stabiliser son réseau ? Limitons-nous à des ordres de grandeurs. Le pays consomme vingt fois plus d’électricité que l’Etat d’Australie du Sud. Faudrait-il un Plan vingt fois plus coûteux ? Cette estimation grossière a néanmoins un grand intérêt : montrer que stabiliser un réseau riche en sources intermittentes a un coût élevé. De plus en Espagne, le taux d’intermittents était de 65% lors de la Panne et le pays vise à terme 80% alors qu’il n’était que 45% en Australie du Sud. Il est tout à fait vraisemblable que la stabilisation du réseau espagnol avec 65% d’intermittents et a fortiori 80% revienne à plus de dix milliards d’euros, voire bien plus. Faute d’accord avec le Parlement il semble que seul un programme de 850 millions d’euros de batterie ait été décidé pour le moment.
La Commission Européenne a une autre solution : multiplier les interconnexions ce qui revient à partager la facture avec les voisins , ici d’abord la France. Mais la décision de porter le taux de sources intermittentes en Espagne à 65% puis à 80% a été prise par le gouvernement espagnol, sans concertation avec Paris. Il revient donc à ce même gouvernement d’en assumer les conséquences. La multiplication d’interconnexions comme celle dite « Golfe de Gascogne » n’est pas la solution.
Lionel Taccoen Directeur de la Lettre « Géopolitique de l’Electricité » https://www.geopolitique-electricite.fr
1- European Physical Society- "European Energy Policy and Global Reduction of CO2 emissions..." The position of the Energy Group of tne EPS-July 20, 2015 |
|
|
|